Une machine à écrire de 1914

Quant au secrétariat moderne, il en était encore plus éloigné.

J'ai été extrêmement déçue. Ce métier que j'avais peut-être inconsciemment associé à tout cet univers que j'aimais tant ne ressemblait absolument pas à ce que j'avais imaginé. Je pensais retrouver quelque chose de cette ambiance qui m'avait tant fait rêver, mais la réalité était tout autre.

Pourtant, malgré cette déception, mon envie de posséder une machine à écrire n'avait pas disparu. Je n'y pensais simplement plus de la même manière.

Je n'avais jamais vraiment cherché à en acheter une, car je pensais que ces machines anciennes coûtaient extrêmement cher. Et les quelques modèles que je voyais passer de temps à autre semblaient confirmer cette impression.

Puis, un jour, alors que nous étions en Espagne pour faire quelques courses, nous sommes passés devant la vitrine d'un restaurant. À l'intérieur, il y avait une machine à écrire.

En la voyant, je me suis soudain souvenue de ces jeux d'enfance, de nos histoires de secrétaires et de cet univers que nous nous inventions dans les années 1920-1930. Pendant un instant, j'ai retrouvé cet imaginaire que j'avais tant aimé, bien avant que mes études ne me confrontent à la réalité du métier.

C'était assez étrange, finalement, de ressentir à nouveau cette fascination après avoir été aussi déçue par le secrétariat. Mais cette machine n'avait rien à voir avec mon ancien métier. Elle représentait quelque chose de beaucoup plus ancien, de plus personnel : un rêve d'enfant qui n'avait jamais complètement disparu.

Je me suis dit que, finalement, moi aussi, je voulais ma machine à écrire. C'était au mois de novembre. Mon anniversaire étant en mars, j'avais encore quelques mois devant moi pour en chercher une. J'ai donc commencé mes recherches sur un site de vente entre particuliers et professionnels. Et c'est là que je suis tombée sur elle.

Il y a des objets anciens qui nous attirent sans que nous sachions vraiment pourquoi. Ils nous plaisent, nous intriguent, nous donnent envie de les posséder. Et parfois, ce n'est que bien plus tard que nous découvrons ce qui nous relie à eux.

Ma machine à écrire Remington fait partie de ces objets-là.

Un rêve qui remonte à l'enfance

Depuis toute petite, j'ai toujours eu envie de posséder une machine à écrire. Je devais avoir six ou sept ans lorsque je jouais avec ma sœur et ma cousine à être des secrétaires. Nous nous inventions des histoires, nous imaginions nos bureaux et nous nous projetions dans les années 1920-1930, à une époque où les secrétaires travaillaient avec ces grandes machines à écrire mécaniques.

Dans mon imaginaire d'enfant, la machine à écrire faisait partie intégrante de cet univers. Elle représentait le bureau, les papiers, les lettres à rédiger et toutes ces petites choses que l'on pouvait inventer en jouant.

Cette fascination ne s'est d'ailleurs pas arrêtée à mes jeux d'enfance. J'ai ensuite fait des études de secrétariat, avec, quelque part dans un coin de ma tête, cette vision assez romantique du métier que je m'étais construite au fil des années.

Évidemment, la réalité m'a rapidement rattrapée.

L'image que je m'étais faite du secrétariat, inspirée de cet univers ancien que j'aimais tant, n'avait finalement pas grand-chose à voir avec la réalité du métier. À vrai dire, mon imaginaire était déjà assez éloigné de ce qu'avait réellement été le travail des secrétaires dans les années 1920-1930. J'avais idéalisé cet univers, sans vraiment connaître les conditions de travail ni les tâches quotidiennes qui se cachaient derrière cette image.

Une Remington ancienne

La machine que j'ai découverte était une Remington. Son prix restait raisonnable, même si l'annonce précisait qu'elle était fonctionnelle, mais qu'elle nécessitait une remise en état assez importante. Elle n'avait manifestement pas bénéficié d'un entretien depuis très longtemps.

Malgré cela, j'ai immédiatement craqué pour elle.

Je ne saurais pas vraiment expliquer pourquoi cette machine plutôt qu'une autre. Je n'avais pas de souvenir particulier d'une Remington, ni le sentiment de choisir une marque qui m'était familière. Je savais simplement que c'était celle que je voulais.

Ma sœur et mon beau-frère me l'ont finalement offerte pour mon anniversaire. Un rêve d'enfant qui prenait enfin forme, après toutes ces années à imaginer ce que ce serait de posséder ma propre machine à écrire.

Et il y a un petit détail que j'aime particulièrement dans cette histoire : ma sœur m'a expliqué que, lorsqu'elle avait choisi de me l'offrir, elle aussi avait repensé à nos jeux d'enfance. Cette machine lui rappelait ces moments où nous nous inventions des vies de secrétaires, où nous imaginions nos bureaux et où nous nous plongions dans cet univers des années 1920-1930.

Elle avait même ressenti un petit pincement de nostalgie au moment de l'acheter.

Finalement, ce cadeau avait quelque chose de plus que la simple réalisation d'un rêve qui m'accompagnait depuis l'enfance. Il faisait aussi revivre un souvenir que nous partagions toutes les deux. Sans le savoir, nous avions gardé chacune une trace de ces jeux, et cette vieille Remington venait en quelque sorte les faire ressurgir.

C'est aussi ce qui rend cet objet si particulier à mes yeux : il ne me relie pas seulement à mon enfance, mais également à ma sœur, à travers ces souvenirs que nous avons construits ensemble.

Mais avant de parler de son histoire personnelle, un petit détour par celle de sa marque s'impose.

Quelques mots sur Remington,

On connaît notamment Remington pour son histoire dans l'armurerie. Pourtant, à partir des années 1870, l'entreprise s'est également fait une place importante dans un tout autre domaine : celui des machines à écrire.

En 1874, Remington commercialise la machine conçue à partir des travaux de Christopher Latham Sholes et de ses collaborateurs. Elle contribue alors à populariser un outil qui va progressivement transformer le travail de bureau. La machine à écrire permet de produire des textes plus lisibles, plus rapidement, et accompagne le développement du secrétariat moderne.

Au fil des décennies, les modèles évoluent, les mécanismes se perfectionnent et la machine à écrire devient un équipement incontournable dans de nombreux bureaux.

La mienne date des alentours de 1914. Elle appartient donc à cette époque où la machine à écrire occupe une place de plus en plus importante dans la vie professionnelle, bien avant que les ordinateurs ne viennent bouleverser nos habitudes.

Aujourd'hui, lorsque je regarde cette vieille mécanique, j'aime imaginer tout ce qu'elle représente : des lettres, des documents, des histoires peut-être, et des heures de travail dont je ne connaîtrai probablement jamais les détails. Car c'est justement là que commence le mystère de ma Remington.

Quelques mots sur Remington,

On connaît notamment Remington pour son histoire dans l'armurerie. Pourtant, à partir des années 1870, l'entreprise s'est également fait une place importante dans un tout autre domaine : celui des machines à écrire.

En 1874, Remington commercialise la machine conçue à partir des travaux de Christopher Latham Sholes et de ses collaborateurs. Elle contribue alors à populariser un outil qui va progressivement transformer le travail de bureau. La machine à écrire permet de produire des textes plus lisibles, plus rapidement, et accompagne le développement du secrétariat moderne.

Au fil des décennies, les modèles évoluent, les mécanismes se perfectionnent et la machine à écrire devient un équipement incontournable dans de nombreux bureaux.

La mienne date des alentours de 1914. Elle appartient donc à cette époque où la machine à écrire occupe une place de plus en plus importante dans la vie professionnelle, bien avant que les ordinateurs ne viennent bouleverser nos habitudes.

Aujourd'hui, lorsque je regarde cette vieille mécanique, j'aime imaginer tout ce qu'elle représente : des lettres, des documents, des histoires peut-être, et des heures de travail dont je ne connaîtrai probablement jamais les détails.

Car c'est justement là que commence le mystère de ma Remington.

Une histoire dont je ne connais presque rien,

Je ne sais absolument pas ce que cette machine a vécu avant d'arriver chez moi. Je ne connais ni son premier propriétaire, ni le bureau dans lequel elle a pu servir, ni les mains qui ont autrefois frappé ses touches. Je ne sais pas si elle a accompagné une secrétaire dans son travail quotidien, si elle a servi à rédiger du courrier ou si elle a connu plusieurs propriétaires au fil du temps.

Lorsque je l'ai reçue, elle était encore fonctionnelle, mais nécessitait une sérieuse remise en état. J'ai essayé de la restaurer moi-même, avant de me rendre compte que le mécanisme était bien plus complexe que je ne l'avais imaginé. Il y avait beaucoup trop de pièces et je n'ai pas réussi à aller au bout de cette tentative.

J'ai ensuite contacté plusieurs personnes susceptibles de réaliser une révision et une petite remise en état. Il ne s'agissait pas de lui faire subir une restauration complète, mais simplement de la nettoyer, de vérifier certains éléments et de regraisser les parties qui en avaient besoin. Malheureusement, je n'ai jamais obtenu de réponse à mes demandes.

Pour le moment, ma Remington est donc installée dans mon bureau, mais inutilisable. Et c'est sans doute ce qui me frustre le plus.

Car je ne voulais pas simplement posséder une belle machine à écrire ancienne pour la regarder. Je voulais pouvoir m'en servir.

J'avais même commencé à écrire un livre que j'avais finalement mis de côté, avec l'idée de le reprendre plus tard et de l'écrire entièrement sur cette machine à écrire.

Je m'imaginais déjà entendre le bruit des touches, voir les caractères s'imprimer sur le papier et retrouver ce rapport à l'écriture que les outils numériques ont peu à peu fait disparaître. Pour l'instant, ce projet reste en suspens, peut-être aurais-je un jour la chance de le mener à bien ?

Un lien avec mon grand-père maternel,

Il y a cependant une chose que je ne savais pas lorsque j'ai choisi cette machine.

À l'époque, je n'aurais pas pu expliquer pourquoi j'avais eu un tel coup de cœur pour cette Remington. Je n'avais pas souvenir d'en avoir vu une chez mes parents, mes arrière-grands-parents ou mes grands-parents. Du moins, je ne faisais aucun rapprochement avec ma famille.

Puis, un jour, ma grand-mère m'a écrit un message à propos de cette machine.

Elle m'a suggéré de faire des recherches du côté de mon grand-père maternel.

Et c'est ainsi que j'ai appris que mon grand-père avait lui aussi travaillé pendant des années sur une Remington. Il aimait beaucoup cette marque et possédait également des répliques d'armes Remington.

J'ai trouvé cette découverte assez incroyable.

J'avais choisi cette machine parce qu'elle me plaisait, parce qu'elle réveillait un souvenir d'enfance et parce que je rêvais depuis toujours de posséder un tel objet. Et voilà que j'apprenais qu'elle faisait aussi écho à l'histoire de mon grand-père, à une partie de sa vie que je connaissais finalement assez peu.

Ma grand-mère parle très peu de mon grand-père et de sa vie. Je n'avais donc pas connaissance de ce lien avec la marque Remington. Sans le savoir, j'avais choisi un objet qui me rapprochait de lui.

Cette découverte a pris une résonance particulière lorsque je l'ai mise en parallèle avec une autre machine ancienne que je possède : ma machine à coudre de 1917.

Cette dernière me relie à mon arrière-grand-mère maternelle, tandis que ma machine à écrire me relie à mon grand-père maternel.

Deux objets, deux époques, deux histoires différentes, mais un point commun : ils me permettent de retrouver des liens familiaux que je n'aurais peut-être jamais découverts autrement.

Je trouve cela assez fascinant.

Nous choisissons parfois des objets pour leur esthétique, leur fonctionnement ou simplement parce qu'ils nous plaisent. Nous ignorons tout de leur passé, des personnes qui les ont possédés et des vies qu'ils ont traversées.

Et puis, parfois, ces objets nous racontent aussi quelque chose de nous-mêmes.

Ma Remington ne me permet pas encore d'écrire les pages dont je rêvais. Elle attend toujours que quelqu'un puisse lui redonner son fonctionnement d'origine. Mais elle a déjà trouvé une place bien particulière dans mon bureau et dans mon histoire personnelle.

Elle est le souvenir d'un rêve d'enfant, le témoin d'une époque où l'écriture passait par des mécanismes entièrement faits de métal et de petites pièces assemblées, et un lien inattendu avec mon grand-père. Peut-être qu'un jour, je pourrai enfin m'installer devant elle et reprendre ce livre que j'avais laissé de côté, que mes doigts emprunteront les mêmes mouvement de dactylographie que toutes ces femmes ou ses hommes avant moi, emplissant mon bureau des cliquetis des pièces de la machine. En attendant, je la garde près de moi pour le jour au elle pourra enfin faire de nouveau entendre sa voix.